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Presse
"Ne
pas se couvrir contre le risque politique est une faute de gestion"
Les
actionnaires et les opérateurs financiers se préoccupent
de plus en plus de l’existence d’une couverture du risque
politique. Ce n’est pas le cas de toutes les entreprises investissant
dans des pays hors OCDE. Elles subissent parfois des pertes financières
importantes.
La mondialisation
incite à penser que le monde n’est qu’une petite
planète où règne l’Ordre économique
mondial. En vérité, chaque pays garde sa souveraineté
et l’instabilité politique est une source d’incertitude
pour les investisseurs privés. Les nouveaux gouvernements
sont tentés de marquer leur passage en reniant les choix
de leurs prédécesseurs, en érigeant une religion
dominante, en refusant de traiter avec les intermédiaires
agréés par leurs prédécesseurs ou encore
en lançant des campagnes destructives d’extermination
des minorités. L’actualité récente livre
toute une série d’évènements, dont les
conséquences financières peuvent se révéler
lourdes pour les entreprises : volonté du président
du Zimbabwe, Robert Mugabe, d’exproprier les fermiers blancs
sans indemnisation ; annonces populistes de son homologue vénézuélien,
Hugo Chavez ; décision de suspendre la convertibilité
de la monnaie nationale en Indonésie ; refus du gouvernement
central chinois de soutenir les organismes régionaux en difficulté
financière ; coup d’Etat en Côte d’Ivoire
qui débouche sur l’abrogation de la Constitution ;
instauration de la Charia au Nigeria ; plus près de nous,
guerres d’extermination au Kosovo ou en Tchétchénie,
voire sanctions contre l’Autriche.
Les dommages qui en découlent ne relèvent pas de la
responsabilité du chef d’entreprise mais sont causés
directement ou indirectement par la puissance publique. Dans les
pays dits « à risques » (le monde entier hors
de l’OCDE), le risque politique se présente sous ses
différentes formes :
ÿ confiscation, expropriation, nationalisation, ou de façon
plus informelle, empêchement de fonctionner pour cause de
désordre public persistant ou de mesures discriminatoires
(non renouvellement des permis d’exploitation minière,
non attribution des licences d’exportation pour des producteurs
de légumes destinés à l’Europe..),
ÿ destruction des installations industrielles, pillage des
stocks et des bureaux lors d’émeutes, d’une guerre
civile ou étrangère,
ÿ impossibilité de rapatrier les dividendes ou les produits
de la cession de la société locale pour cause d’inconvertibilité
ou de pénurie de devises.
"L'investisseur considère trop souvent
encore que le risque n'existe pas."
Le risque
existe aussi pour les entreprises qui contractent avec l’Etat,
lors de la vente d’équipements ou d’unités
clé en main, pour la gestion d’un service public ou
d’une infrastructure (BOT), car l’exécution de
ces contrats se déroule souvent sur plusieurs années
et les besoins ou les priorités d’un pays politiquement
instable évoluent parfois rapidement. L’Etat peut ne
pas respecter ses engagements et le contrat être rompu abusivement
sans que les conditions d’indemnisation prévues soient
respectées.
Qui est concerné ? Les banquiers constituent couramment des
provisions sur leurs opérations dans des pays dits «
à risques » ; ces provisions exigées par la
Commission bancaire sont fiscalement déductibles. Les exportateurs,
pour leur part, ont l’habitude de transférer leur risque
sur des assureurs ou des banquiers et sécurisent ainsi leur
opération et son bon dénouement financier. Les importateurs,
enfin, pensent généralement à se couvrir contre
une défaillance de livraison lorsque les marchandises attendues
doivent être intégrées dans un contrat important.
Mais les sociétés qui investissent dans les pays à
risques (banques ou entreprises industrielles), qui y implantent
des filiales, ne ressentent pas toujours le besoin de protéger
ce poste d’actif de leur bilan. A l’instant de la décision
d’implantation dans un pays hors de l’OCDE, l’investisseur
considère que le risque politique n’existe pas. Avec
le temps, il se sent protégé par son réseau
relationnel et/ou son savoir-faire : en réalité, dans
le monde, les entreprises, dont la taille et le savoir-faire les
rendent effectivement intouchables, se comptent probablement sur
les doigts d’une seule main ; même les dirigeants de
multinationales sont sujets à séquestration, emprisonnement,
voire assassinat.
En termes statistiques, il est vrai que les cas de dommages du fait
du Prince ont un caractère un peu exceptionnel, ce qui invite
à considérer le risque comme nul. Pourtant, les pertes
financières que peuvent subir les entreprises implantées
dans des pays étrangers au titre du risque politique peuvent
être très lourdes : le risque politique sur les investissements
hors OCDE est un risque financier réel, même s’il
est latent et qu’il ne se lit pas dans le bilan de la société
mère. On constate d’ailleurs que les entreprises s’assurent
généralement à la suite d’un sinistre
qu’elles viennent de vivre (non sans alors une certaine précipitation).
Depuis près de deux ans, le marché international de
l’assurance du risque politique est particulièrement
dynamique. Limité aux assureurs publics à l’origine,
le marché s’est ouvert aux assureurs privés
dans les années 80. Le regain d’intérêt
actuel se traduit par l’arrivée sur le marché
de Londres de nouvelles compagnies. Assureurs privés et assureurs
publics travaillent sur ce risque très spécifique
dans un climat d’émulation réciproque. Ils utilisent
les mêmes courtiers spécialisés, ce qui leur
permet de prendre en compte l’évolution des besoins
des assurés pour mieux répondre à la demande.
Ils recourent aux mêmes réassureurs, ce qui entraîne
une harmonisation des produits offerts.
La richesse des produits offerts pour la couverture du risque politique
sur les investissements ne permet plus à une entreprise de
se contenter de la simple auto assurance implicite. Des produits
existent qui permettent de se protéger à un coût
raisonnable (de 0,4% l’an à 2% des montants assurés
selon le risque) et pour une durée longue (5 ans, 10 ans,
15 ans…) ; le poste participations du bilan de la mère
se trouve ainsi durablement conforté à un tarif connu
à l’avance.
Le marché existe et il fonctionne : les indemnisations sont
souvent importantes ; par exemple, dans le domaine des contrats
passés avec l’Etat, une société américaine,
qui avait conclu avec le gouvernement indonésien la construction
de deux unités de production d’énergie géothermique,
vient de recevoir des assureurs 290 Millions de dollars d’indemnités,
après que la société nationale ait refusé
d’acheter l’énergie produite sur ces deux sites
(probablement en raison du suréquipement du pays suite au
ralentissement de la croissance).
Dans ces conditions, les analystes s’étonnent que les
entreprises préfèrent « l’auto assurance
implicite ». Le niveau de rentabilité généralement
élevé des investissements dans les pays à risques
rend le coût de la prime d’assurance assez indolore
et l’auto assurance, par la constitution de réserves,
n’est pas fiscalement pertinente, puisque d’éventuelles
provisions pour risque pays ne sont pas déductibles pour
une entreprise non bancaire.
"Lorsque l'investisseur est en confiance,
il ne couvre pas son risque."
Lorsque l’investisseur
est en confiance, il préfère ne pas couvrir son risque
: toutefois, c’est aussi le moment où l’assureur
acceptera de le décharger du risque à un taux faible
et pour une durée longue. De plus, l’inventivité
du courtier permet d’optimiser le montage pour réduire
la prime sans détériorer la couverture. Plus tard,
si la situation dans le pays se dégrade, l’assureur
lié par le contrat continue à porter le risque à
un taux qui est désormais très favorable à
l’assuré.
Quelques sondages auprès des analystes professionnels sont
instructifs. Agences de notation, auditeurs, banquiers, gestionnaires
de portefeuille et actionnaires ’intéressent de plus
en plus à la politique de protection des investissements
à l’étranger menée par les entreprises.
Pour l’instant, les commissaires aux comptes traditionnels,
lors des audits annuels, ne semblent pas trop s’inquiéter
si une entreprise ne dispose d’aucune couverture sur ses investissements
dans des pays émergents dits à risques. Mais lors
d’opérations exceptionnelles (audit d’acquisition,
introduction en Bourse), les valeurs non protégées
du bilan sont décotées : la valeur de l’entreprise
s’en trouve réduite d’autant.
Une PME familiale peut choisir d’assumer ces risques, si elle
ne recourt pas à des financements externes (bancaires ou
en Bourse), mais dès qu’il s’agit d’une
société cotée en bourse, la vigilance est de
mise. Cette pratique d’auto assurance implicite est particulièrement
dangereuse pour des entreprises industrielles, dont le patrimoine
a une valeur de renouvellement significative, car les pertes financières
qui peuvent découler de ces risques latents sont importantes.
Les analystes européens emboîtent maintenant le pas
des agences de notation anglo-saxonnes pour sanctionner l’absence
de gestion des risques latents et la non protection des postes sensibles
du bilan.
France Arnaud

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